Giuliana Zefferi, Guido, papier bois, peinture acrylique, acrylique sur toile de Guido Zefferi, canette, 2026

« Giuliana Zefferi. Corps compagnon », Be off beam, solo sola, Marseille (26.06.26-04.07.26).

Douce démangeaison. Autour de la cicatrice, entre les doigts, aux commissures des lèvres, près du coude… Sur le corps, il y a tant de surface prête à être arrachée, triturée, grattée jusqu’à ce que... Que verrait-on si on soulevait la peau ? Existe-t-il un seuil, un espace vide à combler ou à contempler, entre la chair et la peau, les organes et la peau, le squelette et la peau ? Membrane-carapace, la peau est ce qui nous relie à l’intérieur de nous-mêmes et ce qui nous connecte aux autres, aux gens que l’on aime de près ou de loin, et à l’environnement qui nous entoure, au soleil qui la brûle ou aux meubles qui la bleutent. La corporalité traverse la pratique de Giuliana Zefferi. Elle se niche dans la matérialité de ses sculptures, souvent composées de papier mâché, ou dans leurs apparences humanoïdes. On la devine également dans son rapport au domestique et aux communs, à ce qui se partage et nous réunit. C’est cet horizon collectif qui l’anime, où les frottements sont joyeux. 

L’exposition Be off beam nous souffle la promesse d’un élan. Depuis son installation dans le sud et en parallèle de son projet palimpseste Andromaques, l’artiste a tenté de tisser de nouvelles manières d’être et de travailler avec. À l’écoute de ses pièces, qui lui réclament de nouveaux dispositifs de monstration, elle investit la solitude de son atelier comme un espace d’expérimentations du devenir-poreux. Giuliana Zefferi se laisse affecter. Elle apprend à vivre auprès de ces objets qui peuplent désormais son lieu de vie et de production : elle les déplace, les manipule, éprouve leurs encombrements et leur attribue des fonctions. Une cohabitation s’installe progressivement avec ces présences devenues familières. Elles incarnent ces « œuvres compagnes », consolantes et teintées d’humour, qui laissent place à des narrations inédites.

Les temporalités se troublent et les formes s’hybrident. De grands yeux rouges s’illuminent, tandis que de petites mains cartoonesques croisent le reste d’une salade fossilisée, le dessin d’une enfant, des poèmes et des comprimés, précieuses reliques de la vie quotidienne. Les projets plus anciens se mêlent ainsi à des nouvelles techniques – la marqueterie de papier et la peinture. On retrouve les murs ocres de Nice, façades léchées d’embrun et cuir sans verni d’un mistral violent. L’artiste continue les collages. Parmi ses compositions, une forme récurrente apparaît : celle de la boîte. Caisse de transport, valise symbolique ou enveloppe corporelle ? Les boîtes renferment les souvenirs et les secrets, que l’on chuchote parfois, au creux d’oreilles indiscrètes. Des mots viennent s’y agréger et résonnent, entre les cloisons de l’espace d’exposition. Entre les lignes, on devine toujours l’omniprésence du corps compagnon.